Action Républicaine

A la recherche de l’optimisme
bruno da Todi à Dreux

S’il est une exposition de peinture où l’on aimerait disposer de quelques sièges pour prendre le temps de regarder, c’est bien celle que propose actuellement à Dreux, et jusqu’au 10 avril, le peintre italien bruno da Todi. Aux limites de l’abstrait, ses œuvres imposent à qui veut les comprendre un effort de concentration que pourrait faciliter une position plus confortable que la pénible station debout sur les pavés de l’ancienne chapelle de l’Hôtel-Dieu.

Décevante considération matérialiste ? Absolument pas. Plutôt envie de mieux comprendre, inspirée par cette peinture à la fois torturée et colorée … comme la vie.
Déjà sur le plan technique la curiosité est excitée : pour exprime certains aspects tragiques de la vie qu’il veut décrire, le peintre a éprouvé le besoin d’utiliser … une lampe à souder. Ce qui élimine d’office la traditionnelle toile trop fragile u feu. Les panneaux d’isorel dur offrent de bien plus grandes possibilités de travail de la peinture par un moyen qu’aucun peintre, à ma connaissance, n’a jusqu’ici utilisé : le feu.
Le feu purifie tout, dit la sagesse populaire, mais avant d’anéantir la matière, il la torture. Comme la vie, avant de rendre l’homme à sa poussière, lui impose son laminage plus ou moins heureux.
Heureux tout de même, malgré l’épreuve du feu, malgré les thèmes abordés (pendus, veuves, destruction du monde) et les matériaux employés (vieux chiffons, graviers), car l’harmonie des couleurs affirme l’optimisme de l’observateur d’un monde qui marche inexorablement vers son apocalypse.
Tout cela n’est pas gai, direz-vous, et il est vrai que la densité de l’œuvre de bruno da Todi n’incite pas au sourire. Pourtant, une observation prolongée fait remonter les couleurs à la surface des tissus brûlés, et de la contemplation naît le constat d’une recherche évidente d’un monde meilleur. La succession des trois «toiles » : « Le monde avant l’intervention de l’homme », « pendant » et « après » est d’ailleurs très significative de la confiance du peintre, sinon en la sagesse de l’homme, du moins en un retour final à la sérénité originelle.
Et en tout cas transparaît une forte sensibilité aux images du monde, et très certainement une profonde honnêteté dans la traduction du « reçu » et du « vécu », honnêteté qui aboutit logiquement à un style fortement personnalisé et bien servi par une technique et un sens esthétique évidents.
Une peinture « forte », à regarder avec les yeux du cœur.
Louis Bresson